Lettre de Monsieur Huchon à Madame Pécresse

Publié le par MGRC

  Lettre de Monsieur Huchon à Madame Pécresse

Une lettre qui s'adresse aussi à François DUROVRAY, qui a aussi voté contre, en tant que Conseiller Régional et alourdit la facture du STIF en tant que Président du Conseil Départemental, en n'assumant plus les transports scolaires des élèves et des enfants en situation d'handicap !

Voir notre article du 3 juin 2015:

"Première compétence abandonnée par le Conseil Départemental"

Remettons les choses à leur place

10 JUILLET 2015 ~ JEAN-PAUL HUCHON

Chère Madame Pécresse,

Mercredi dernier au conseil d’administration du STIF puis lors de la séance plénière du conseil régional, nous avons voté le dézonage entier de la carte Imagine’R scolaire. Cette mesure, dans la continuité du Pass Navigo à tarif unique, sera mise en service dès le 1er septembre prochain. Elle profitera à 400 000 collégiens, lycéens et apprentis franciliens. A l’image du Pass Navigo à tarif unique, c’est une véritable bouffée d’oxygène pour le pouvoir d’achat des familles franciliennes, et plus particulièrement pour celles qui habitent la grande couronne.

Depuis quelques temps pourtant, certaines de vos déclarations m’interrogent – elles me feraient presque sourire si vous n’étiez pas en campagne électorale permanente : vous seriez donc à l’origine du Passe Unique ? A moi comme aux Franciliens, cela nous avait échappé…

Retraçons les faits :

La majorité régionale rassemblée que je préside a été élue en 2010 sur un programme. Parmi les propositions, figurait le Pass Navigo à tarif unique pour tous. Et comme nous tenons nos promesses, nous l’avons fait.

Quand nous avons annoncé, le 25 novembre 2014, la mise en œuvre du Pass Navigo à tarif unique, vous l’avez d’abord qualifié de « totalement démagogique ». Vous avez ensuite affirmé qu’il s’agissait d’une « mesure électoraliste ». Vous avez donc voté contre au Conseil d’Administration du STIF du 10 décembre 2014.

Et voilà que Pierre Bédier et Patrick Devedjian, dans la foulée de cette annonce, expriment leur satisfecit.

Et voilà que les Franciliens plébiscitent cette mesure de justice sociale et de pouvoir d’achat, notamment les plus fragiles, en particulier tous ceux qui n’ont d’autres choix que d’habiter loin.

Et voilà que même les entreprises donnent leur accord – car sans leur accord, il n’y aurait pas eu de Passe Unique.

Dos au mur, vous avez dû rapidement faire volte-face et je vous reconnais une certaine habilité au changement de pied. Comme par miracle, vous vous mettez à dire à qui veut bien l’entendre qu’il s’agit d’une bonne mesure. Qu’il faut la maintenir coûte que coûte. Comme retournement de veste, on fait difficilement mieux.

Mais ce n’est pas fini. Le premier reproche que vous faisiez au Passe Unique, c’est son financement. Ou plutôt son absence de financement. Nous avons beau avoir expliqué et expliqué et expliqué comment nous comptions nous y prendre, vous avez dégainé vos armes favorites : la responsabilité du Gouvernement puis la hausse d’impôts. C’était en mai 2015. Or vous savez parfaitement que la Région n’a pas d’autonomie fiscale, c’est-à-dire aucun pouvoir de taux, mis à part sur la carte grise, qui est loin de couvrir la totalité du montant engagé.

Aujourd’hui, vous poussez le ridicule encore plus loin, en annonçant que l’idée du Passe Unique étendu aux collégiens et lycéens est aussi votre idée. Comment ne pas y voir une énième marche arrière qui lève le voile sur le vide de vos propositions ?

Vous expliquez que vous financerez la contribution régionale par des redéploiements. Certes, il s’agit exactement de ce que la majorité régionale a annoncé d’emblée. Mais ce n’est pas grave, puisque c’est vous qui le dites, alors ce seront de vraies économies.

Vous annoncez que vous déménagerez le siège de la région pour le faire. Certes, mais nous avons déjà commencé à travailler sur le sujet, avec le Président Karoutchi et la Commission des Finances. Un article des Décodeurs du Monde retrace d’ailleurs plutôt bien l’approximation de vos propos.

Il faut donc trouver autre chose. Car ce n’est pas suffisant pour marquer les esprits. Vous y ajoutez donc la suppression de la tarification sociale pour les bénéficiaires de l’aide médicale aux étrangers. Vous la confondez allègrement avec l’ensemble de la tarification sociale dans les transports – laquelle comprend les allocataires du RSA, les bénéficiaires de l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique), ceux de la CMUC (Couverture Maladie Universelle Complémentaire) et ceux de l’AME (Aide Médicale d’État) – mais qu’importe, vous jugez l’argument efficace. Pourquoi ne pas l’utiliser ?

Et pour couronner le tout, vous annoncez que vous financerez et le Passe Unique et son extension par la lutte contre la fraude. Ce qui était exactement, mot pour mot, l’argument de Jean-François Copé lorsqu’il était candidat en 2004 et qu’il proposait sa carte orange à 45€. Nous y sommes. La boucle est enfin bouclée. C’est l’éternel retour, comme le beau film de Jean Cocteau.

Vous voyez, Madame Pécresse, derrière les formules choc et les slogans faciles, derrières les circonvolutions, il y a la réalité. Et le problème avec le réel, c’est qu’il ne se dérobe pas.

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